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  • Le Brexit (2): la question de l'immigration

    Vainqueur des élections législatives de 2015, David Cameron entame à l'automne 2015 la renégociation des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, comme il s’y était engagé. Les résultats de l’audit effectué préalablement ont permis de dégager ce qui sera sa feuille de route. La gestion de l'immigration y tient une part importante.

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  • Remue méninges à la Commission européenne



    Je l'ai déja évoqué sur ce blog: un des effets collatéraux  de la crise que traversent les pays de la zone euro est d'amener la Commission européenne à se livrer à de douloureuses (?) remises en cause. On la sait majoritairement acquise aux idées libérales (voire ultralibérales) et voila qu'elle défend depuis quelques temps déja, des positions étonnantes et prend des initiatives inhabituelles.

    La crise lui ferait-elle manger son chapeau?

    Quelques exemples de cette évolution:

    Service aux clients des banques: l'autorégulation ne marche pas, constate-t-elle. Tiens tiens...

    Une étude publiée le 24/02/2012 par la Commission européenne révèle que changer de compte bancaire est toujours difficile pour un client car il se heurte à des obstacles multiples. De sorte que les clients découragés restent "captifs" de leur banque. Et ceci malgré les engagements pris par les banques qui avaient juré "croix de bois de fer" qu'elles allaient s'autoréguler afin d'informer les clients sur leurs droits et de leur faciliter les démarches. Mais d'autorégulation, point (ce qui était assez prévisible). La Commission, du coup, n'exclut plus de prendre des mesures plus contraignantes, et remet en cause le dogme qui veut que l'autorégulation soit, de toute façons, préférable à la réglementation. 

    Commerce international: il faut que les pays tiers respectent l’équité et la réciprocité des échanges mondiaux. Tiens tiens...

    Dans un communiqué du 21-03-12, la Commission européenne propose d'en finir avec les obstacles que rencontrent les entreprises de l'UE  pour obtenir des marchés publics internationaux.  Alors que  l'UE ouvre largement l'accès à ses marchés publics aux entreprises des pays tiers, la réciproque n'est pas vraie et des restrictions sont appliquée par les pays tiers dans des secteurs dans lesquels précisément l’UE est très compétitive (construction, les transports publics, les appareils médicaux, la production d’électricité et les produits pharmaceutiques). Bref, l'heure n'est plus à la faiblesse (à la "naïveté", dit le commissaire au marché intérieur dans le communiqué) et la Commission propose de rétablir l'égalité avec les sociétés étrangères au sein du marché intérieur. Les mesures proposées par la Commission doivent permettre à l'Union européenne d'exercer, dans les négociations internationales et avec les autres pays, une plus grande pression afin que ceux-ci ouvrent leurs marchés publics aux entreprises européennes, y compris, si besoin, en restreignant l'accès des entreprises de pays tiers à la commande publique européenne. 

    Taxe sur les transactions financières: la Commission européenne s'est ralliée à l'idée de créer une taxe européenne sur les transactions financières dans une proposition de directive présentée le 28/09/2011. Tiens tiens...

    Elle explique qu'il faut «garantir que le secteur financier, qui a joué un rôle à l'origine de la crise financière, apporte une contribution équitable alors même que les États membres procèdent à l'assainissement des finances publiques. Ce sont les gouvernements et les Européens dans leur ensemble qui ont pris en charge les coûts élevés des renflouements du secteur financier sur fonds publics. Ce secteur est par ailleurs actuellement moins lourdement taxé que d'autres. La taxe proposée génèrerait de nouvelles recettes fiscales considérables prélevées sur le secteur financier pour contribuer aux finances publiques». On croirait lire un communiqué d'attac.

    Communication sur la reprise génératrice d'emplois: il faut un salaire minimum  européen. Tiens tiens... 

    La communication présentée le 18/04/2012 par la Commission affirme que la reprise économique passe, par exemple, par une réforme des marchés du travail et, dans ce cadre, il faut "garantir des rémunérations décentes et viables et éviter les pièges des bas salaires" (p.10). Et la Commission poursuit: " La fixation de salaires minimaux adaptés peut aider à prévenir une augmentation du nombre de travailleurs pauvres  et est importante pour garantir la qualité d’emplois décents". C'est clairement une pierre dans le jardin de l'Allemagne dont les salaires minima sont jugés trop bas.
    La Commission ne va pas cependant jusqu'à défendre un SMIC transectoriel  comme celui qui est appliqué en France mais estime que "les minimums salariaux doivent pouvoir être ajustés suffisamment, en concertation avec les partenaires sociaux, pour refléter l’évolution de la conjoncture économique générale". Des "salaires différenciés" (en fonction des secteurs, peut-on penser, quoique la Commission ne le précise pas) "peuvent" être un moyen. 

    La communication de la Commission n'a aucune valeur contraignante. Elle y expose seulement un point de vue et annonce d'éventuelles propositions législatives ou autres. Mais en ce qui concerne le salaire minimum, elle s'abstient d'annoncer de telles mesures, car l'Union européenne n'a pas de compétence en la matière.

    A supposer que les états, seuls compétents, se mettent d'accord (il faudrait un vote à l'unanimité) pour décider la création d'un salaire minimum européen, cela ne se ferait que par la voie du rapprochement des législations et non de l'harmonisation. En d'autres termes, les pays se mettraient d'accord sur des règles communes minimales que tous devraient appliquer. Ce qui n'empêcherait pas chaque état ensuite, d'appliquer des règles plus protectrices des salariés s'il le souhaitait. En aucun cas, donc, la France ne peut être contrainte de renoncer au SMIC tel qu'il s'applique chez nous. La Commission ne peut pas l'y obliger, pas plus que les autres états. Seuls le gouvernement et le parlement français sont compétents pour décider de revenir sur cet acquis social et ce n'est pas à l'ordre du jour. L'idée d'un salaire minimum européen exposée par la Commission ne menace donc pas le SMIC français. En revanche, et c'est pourquoi c'est un progrès, elle alimente un débat nécessaire pour combattre le dumping social intra communautaire.

    Mais...comme en France la campagne électorale bat son plein et que certains n'hésitent pas à instrumentaliser l'Union européenne pour gagner des voix en mentant au besoin, l'idée de créer un salaire minimum dans tous les pays membres est devenue, grâce à un étrange tour de passe-passe, une ruse machiavélique de la diabolique Commission acharnée à notre perte.   
    Donc, M Le Pen est montée sur ses grands chevaux en accusant la Commission de vouloir l'explosion du salaire minimum unique français, et a dénoncé des mesures ultralibérales, selon la rengaine à présent bien rodée. Et JL Mélenchon, contrarié de voir que son bouc émissaire de prédilection rend ineptes ses invectives, a accusé la Commission de "prendre un masque d’agneau pour faire le loup"  et surenchéri dans le commentaire lapidaire en dénonçant sa proposition: "Sous prétexte de suggérer des Smic 'pas trop bas', elle imagine de créer des Smic à géométrie variable suivant les branches d'activité. Autant dire +plus de Smic du tout+ et une législation sociale éclatée organisant la concurrence entre eux de tous les travailleurs" (Un SMIC européen par branche d’activité = plus de SMIC du tout ! Communiqué du 16/04/2012). 
    Ben voyons! Dans la course des démagogues, JL Mélenchon et M Le Pen sont décidément partis avec une longueur d'avance.

    Pour sa part, la Confédération européenne des syndicats ne s'y est pas trompée (il est vrai qu'elle n'a pas de raisons de raconter n'importe quoi, contrairement à nos peu scrupuleux prétendants au trône). Si elle dénonce justement d'autres points plus criticables de la communication de la Commission (la flexicurité combinée à des politiques d'austérité), elle juge, par contre, que l'augmentation des salaires minima est une des propositions positives qu'elle contient.  

    Domaguil

  • Vers un corps diplomatique européen

    C‘est passé relativement inaperçu, tous les projecteurs étant braqués sur les cours des bourses, la parité dollar euro, les dette grecque, espagnole, portugaise…mais le 26/04/2010, le Conseil a dégagé « une orientation politique » sur un projet de décision de création du service européen pour l'action extérieure, prévu par le traité de Lisbonne. Le Parlement Européen doit à présent être consulté.

    Une création du traité de Lisbonne

    Il résulte de l’article 18 du Traité sur l’Union Européenne, le Haut représentant est chargé de conduire la politique étrangère et de sécurité commune de l'Union (PESC), de présider le Conseil des affaires étrangères, de s'acquitter, au sein de la Commission, des responsabilités qui incombent à cette dernière dans le domaine des relations extérieures et de la coordination des autres aspects de l'action extérieure de l'Union, ainsi que de favoriser et faciliter la coopération entre le Conseil et la Commission afin de veiller à la cohérence entre les différents domaines de l'action extérieure.

    Le SEAE qui assistera le Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité dans l’exercice de ces fonctions, sera un service diplomatique qui représentera les intérêts de l’Union dans le monde. Sa création est fondée sur l’article 27§3 du Traité sur l’Union Européenne : "3. Dans l'accomplissement de son mandat, le haut représentant s'appuie sur un service européen pour l'action extérieure. Ce service travaille en collaboration avec les services diplomatiques des États membres et est composé de fonctionnaires des services compétents du secrétariat général du Conseil et de la Commission ainsi que de personnel détaché des services diplomatiques nationaux. L'organisation et le fonctionnement du service européen pour l'action extérieure sont fixés par une décision du Conseil. Le Conseil statue sur proposition du haut représentant, après consultation du Parlement européen et approbation de la Commission ».

    Et c’est bien pour fixer son organisation et son fonctionnement que le Conseil est parvenu à un accord, ce qui, n’allait pas de soi, la constitution du SEAG étant en effet âprement discutée par les états et par les institutions européennes.

    Le projet de décision sur le SEAE

    Selon le projet de décision soumis par Catherine Ashton, Haute représentante aux Affaires étrangères de l’Union européenne, le SEAE est un organe de l’Union européenne fonctionnant de façon autonome, doté de la capacité juridique pour accomplir les tâches qui lui incombent et réaliser ses objectifs. Il est distinct  de la Commission et du Secrétariat général du Conseil et est placé sous l’autorité exclusive du Haut représentant (article 1). Il est composé d’une administration centrale et de délégations de l’Union dans les pays tiers. L’administration centrale comporte à sa tête un secrétaire général chargé de  prendre toutes « les mesures nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du SEAE y compris sa gestion administrative et financière » qui exerce ses fonctions sous l'autorité du haut représentant et est secondé par deux secrétaires généraux adjoints.  Elle est organisée en différentes  directions générales, des directions générales constituées de départements géographiques couvrant tous les pays et régions du monde et de  départements thématiques, une DG pour les questions administratives, une DG  "gestion des crises et  planification » (article 4). Les délégations sont dirigées par des chefs de délégation qui reçoivent leurs  instructions du Haut représentant et du SEAE et sont responsables de leur exécution.

    Ils ont compétence pour représenter l'UE dans les pays où se situent  les délégations. Les délégations  « travaillent en étroite collaboration avec les services diplomatiques des États membres » et échangent avec ces derniers toutes les informations pertinentes. Si des États membres le leur demandent, elles les soutiennent dans leurs relations diplomatiques et dans leur rôle de protection consulaire des citoyens de l'Union dans les pays tiers. L’ouverture ou la fermeture d’une délégation est décidée par le Haut représentant, en accord avec le Conseil et la Commission (article 5). L’article 6 du projet précise que le personnel du SEAE est composé  des fonctionnaires et d'autres agents de l'Union européenne, et de membres du personnel des services diplomatiques des états nommés en tant qu'agents temporaires qui doivent travailler uniquement en vue les intérêts de l'Union et ne sollicitent ni n'acceptent d'instructions d'aucun gouvernement, autorité, organisation…autre que le Haut représentant.

    Toutes les nominations au sein du SEAE « sont fondées sur le mérite et sur une base géographique aussi large que possible », les procédures de sélection étant définies par le Haut représentant.

    Dans son travail, le SEAE collabore avec le secrétariat général du Conseil et les services de la Commission, de même qu’avec les services diplomatiques des États membres, pour veiller à la cohérence entre les différents domaines de l'action extérieure de l'Union et entre ceux-ci et ses autres politiques (article 3).

    Bataille pour les places

    Le SEAE prend la suite des structures existantes qui représentaient la Commission (les délégations) et les états (le secrétariat générale du Conseil). Rien d’étonnant à ce que la Commission, comme les Etats le vivent comme une perte de contrôle.

    Lors de son audition par la Commission des Affaires européennes de l’Assemblée Nationale, le Secrétaire d’etat français chargé des Affaires européennes n’a pas fait mystère des discussions acharnées auxquelles donne lieu l’organigramme du SEAE.

    Les états se chamaillent pour placer leurs candidats aux postes clés que sont le secrétaire général, les secrétaires adjoints et les six directeurs. Le poste de secrétaire général est en particulier très convoité, logiquement car il est le numéro 2 et coiffe les directions. Ce rôle éminent en fait le chef en second de la diplomatie européenne, et la France a pris une longueur d’avance sur ses partenaires en présentant très vite un candidat à ce poste, ce qui, reconnaît Pierre Lellouche, a été mal vu « certains s’imaginant que la France tente de prendre en mains le service diplomatique de l’Union ».

    Comment assurer, de plus, qu’il y ait vraiment une représentation de tous les pays au sein du  SEAE et que celui-ci ne devienne pas la chasse gardée des « grands » pays et de la Commission ? La réunion du Conseil du 26/04/2010 a permis de trouver un accord sur certains points :  les nominations des chefs des délégations devront refléter les “équilibres géographiques”  et associer la Comission européenne. A moyen terme, un tiers du personnel du SEAE sera composé de diplomates des différents états membres. Les délégations pourront offrir des services consulaires, sous certaines conditions.
    Un autre problème évoqué par M.Lellouche est le risque que le Parlement européen et la Commission n’essaient de prendre le contrôle de la politique étrangère européenne. Il faut éviter souligne le Ministre, qu’à la faveur de la mise en place du SEAE, « les anciennes représentations de la Commission ne se transforment pas en ambassades de l’Union européenne sans discussion sur les postes ». Par le biais du contrôle budgétaire sur cette activité relevant de la politique étrangère, la tentation est grande de « communautariser » la future politique étrangère de l’Union, souligne le Ministre. De fait, il n’a sans doute pas tort de se méfier !

    Le Parlement européen s’en mêle

    L’accord auquel est parvenu le Conseil n’a pas convaincu le Parlement européen. Quelques jours plus tard, l’eurodéputé Elmar Brok qui est chargé des négociations sur le projet de décision relatif au SEAE présentait des propositions de modification. Celles-ci sont encore officieuses, a précisé M.Brok, qui en a toutefois exposé les grandes lignes.

    Sur la composition du SEAE, M.Brok a rappelé il n’est pas envisageable que le personnel détaché par les états membres soit en nombre trop important car alors « le service sera inondé de personnel national et ne représentera plus l'Union" et "les États membres auraient l'impression que le SEAE leur appartient ». Le SEAE devra donc être majoritairement composé de fonctionnaires recrutés au plan communautaire et payés par le budget communautaire. C’est un point à régler prioritairement avant que les négociations s’ouvrent.

    Le Parlement entend exercer pleinement son pouvoir de contrôle et de décision sur le financement du SEAE. Celui-ci devrait être rattaché à la Commission dans les domaines administratif, organisationnel et en termes budgétaires et rendre compte au Parlement. Le budget de l’Union européenne en matière de relations extérieures devrait être augmenté de « manière appropriée ».  Un mécanisme de coordination politique devrait être mis en place pour assurer la cohérence de l'action. Enfin, un document serait établi pour décrire les  relations avec le Parlement européen et l'accès aux documents confidentiels.

    Il reste que l’Union européenne se prépare à mettre en place un nouvel organe sans que l’on sache très bien quelle est la politique  extérieure au service de laquelle il sera censé être. Quel contenu, quelles orientations pour la politique étrangère européenne…la question reste posée.

    Domaguil

  • AIDE A LA GRECE...ENFIN

    Après des semaines de tergiversations, les états de la zone euro se sont décidés à venir en aide à la Grèce pour lui éviter la cessation de paiement et par un effet de contagion, l'extension de la crise à d'autres états de la zone. Mais l'avenir est loin de s'éclaircir pour autant, et notamment pour les grecs.

     

    Course de vitesse contre les marchés

     

    Les nuages s’amoncellent sur la Grèce et corrélativement sur la zone euro, malgré le plan d’aide annoncé le 11/04  et malgré les engagements d’austérité budgétaire pris par le Gouvernement grec. Dans un premier temps, les autorités grecques ont pu emprunter sans avoir à demander l’activation des mesures décidées par ses partenaires européens. Mais le 23/04/2010, un communiqué conjoint de la Commission européenne, de la Banque Centrale européenne et de la Présidence de l’Eurogroupe annonçait que le Gouvernement grec allait demander officiellement l’activation de l’aide financière européenne. Car la mollesse du soutien européen et le scepticisme de l’Allemagne sur la capacité des grecs à se serrer la ceinture ont donné un signal désastreux aux marchés en les convainquant qu’il n’y avait aucune solidarité au sein de la zone euro. Le résultat on le connaît : le 28/04, dégradation brutale, par l'agence de notation Standard and Poor's, de la note de la dette de la Grèce, qui passe à BB+, ce qui signifie qu ?acheter des obligations grecques est un investissement à haut risque, spéculatif (« obligations pourries ») en raison du supposé risque important de non remboursement. Evidemment, on peut s’interroger sur cet étrange comportement qui consiste à prendre comme parole d’évangile la notation par des agences qui n’ont pas vu venir la crise des subprimes et dont l’impartialité est sujette à caution. Mais le mal est fait et la peur de la contagion gagne la zone euro, car le Portugal est à présent dans la ligne de mire des spéculateurs sa note ayant été dégradée par la même agence de notation. Plus tard dans l’après midi du 28/04, la dégradation de la note de l’Espagne était également rendue publique. A qui le tour ensuite ?

     

    Devant la panique qui gagne, l’Union européenne s'est longtemps hâtée lentement : encore récemment, le Président de l'Union européenne Herman Van Rompuy a annoncé avoir convoqué un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Eurogroupe "autour du 10 mai", date qui avait l'avantage d'être le lendemain des élections régionales allemandes, mais l'inconvénient de faire perdre encore un temps devenu précieux. Cependant, devant l'aggravation de la situation, les présidents du FMI et de la BCE, Dominique Strauss-Kahn et Jean-Claude Trichet se sont rendus en déplacement à Berlin pour tenter de vaincre les réticences des parlementaires allemands. Au terme de cette folle journée du 28 avril, il était clair qu'un "signal fort" devait être envoyé pour éviter la contagion.

     

    Et finalement, les décisions de déclenchement de l’aide ont été annoncées dès le dimanche 2 mai. Les Ministres des Finances de la zone euro ont donné leur accord au l'activation du mécanisme d’aide à la Grèce qui permettra donc à celle ci de disposer de 110 milliards d’euros pour la période 2010-2013, dont 80 proviendront des états, le reste du FMI. Il reste encore aux parlements nationaux à approuver ces aides. Le feu vert officiel devrait être donné par les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro à la fin de la semaine. Selon une dépêche de l’AFP du 03/05/2010, « les premiers prêts de l'UE et du FMI arriveront à temps pour permettre à la Grèce d'honorer l'échéance du 19 mai, jour où elle doit rembourser 9 milliards ». La BCE a quant à elle annoncé, dans un communiqué de presse du 03/05/2010 qu’elle lève jusqu’à nouvel ordre toute condition relative à la notation de crédit pour les titres de dette grecs qu'elle accepte en contrepartie de prêts. Ces prêts sont attribués par la BCE pour refinancer les banques de la zone euro, en échange de titres de dette. Jusqu’à présent, la BCE conditionnait cette intervention à la notation obtenue par la dette d’un état. C'est donc une mesure tout à fait inédite qui vient d’être prise par la banque centrale européenne afin de soulager la Grèce et les banques qui possèdent des obligations grecques. La suspension s'applique à "tous les instruments de dette nouveaux ou existants produits ou garantis par le gouvernement grec", précise le communiqué.

     

    Une brusque accélération du calendrier après des semaines d'atermoiements qui font dire à certains que "l'Europe a été en dessous de tout" pour reprendre les propos du journaliste Christian Chavagneux dans son analyse de la réaction de l’Union européenne à la crise grecque, au JT de 13 heures de france 2, le mercredui 28 avril. Mais il y a maldonne sur les responsabilités. Et c’est l’erreur fréquemment commise que de penser que l’UE, en tant que telle, c'est à dire telle qu'elle fonctionne par les institutions européennes, peut faire quelque chose. D'une part, parce que ce n'est pas de l'UE qu'il s'agit ici mais de la zone euro. Ensuite, parce que ni M.Barroso, ni M.Van Rompuy n'ont en l'occurrence les compétences pour prendre des décisions qui relèvent des Etats souverains. Leur tirer dessus à boulets rouges, c'est se tromper de cible. Mais il est vrai que ce n'est qu'un nouvel exemple de la confusion faite, et souvent volontairement entretenue, entre l'UE et les états.

     

    La contribution française

     

    Dans la bérézina communautaire actuelle, une bonne nouvelle est venue de la France où les députés de la commission des finances de l'Assemblée nationale, opposition comme majorité, ont donné leur accord au prêt de la France.

     

    La discussion et le vote ont lieu le 3 mai et le texte devrait être voté sans difficulté.

     

    Un nouveau programme intitulé « Prêts aux États membres de l'Union européenne dont la monnaie est l'euro » est créé dans la loi de finances rectificative pour 2010. Le prêt pourra atteindre 6,3 Md euros pour 2010 en autorisations d'engagement qui correspondent à l'engagement maximal de la France sur les 30 milliards d'euros d'aide européenne annoncée pour la première année, soit 20,97 %, (le niveau de participation de chaque État membre est calculé au prorata de sa participation au capital de la BCE. Sur cette somme, 3,9 milliards d'euros sont inscrits comme crédits de paiement ce qui signifie qu'ils pourront être décaissés au cours de l'exercice fiscal 2010.

     

    L'aide à la Grèce étant un prêt, elle n'aura pas d'impact sur le déficit public de la France, puisqu'il ne s'agit pas d'une dépense définitive pour le budget de l'État (sauf, évidemment, si la Grèce ne pouvait pas rembourser). Le prêt ne sera mobilisé, précise le Gouvernement, que conjointement avec les pays partenaires de la zone euro. Il sera accordé moyennant un taux d'intérêt de 5%, que d'aucuns, à l'instar du député socialiste François Hollande jugent trop élevé, une opinion réfuté par le Ministre du budget, Francois Baroin lors de son audition par la Commission des finances de l'Assemblée. Mais François Baroin a aussi reconnu qu'il s'agit d'un taux nettement supérieur à celui auquel les autres États membres de la zone, notamment la France, se financent (aux alentours de 1,5 % en ce qui concerne la France). Autant dire que le prêt à la Grèce est présenté comme une bonne opération, la France empruntant pour prêter à un taux bien inférieur à celui qui rémunèrera son prêt. La solidarité européenne dans ces conditions est une bonne affaire pour les français et les autres.

     

    Une potion bien amère pour les Grecs

     

    Pour les grecs, en revanche la potion est amère, et passe par la mise en oeuvre d'un programme drastique d'assainissement des comptes publics qui devrait permettre de réduire le déficit public de quatre points de PIB dès cette année. L'aide est accordée en contrepartie d'un sévère plan d?austérité présenté par le gouvernement grec, après des négociations avec ses partenaires européens et le FMI. Le plan prévoit des économies de 30 milliards d'euros pour faire passer le déficit public au dessous de la barre des 3% du PIB en 2014. Parmi les mesures annoncées, on trouve l'augmentation de la TVA de 21% à 23% ainsi que celle des taxes sur le tabac et l'alcool, la baisse des salaires des fonctionnaires par la limitation des primes versées et qui équivalaient à un 13ème et 14ème mois, le gel des embauches en 2010, la réduction des dépenses militaires, médicales, d'éducation, d'investissement... De l'avis même de François Baroin,le 28 avril, les efforts demandés par le gouvernement grec à sa population sont « considérables », car l'idée qui domine est que la Grèce doit assumer les conséquences des maquillages comptables auquel s'est livré son gouvernement précédent pour présenter d'un déficit compatible avec les critères du pacte de stabilité. Si ce raisonnement se comprend, il n'en reste pas moins que ces trucages étaient connus depuis de nombreuses années (voir la brève d'information de septembre 2004 sur eurogersinfo.com: Déficits publics maquillés) et que les états (et la Commission européenne) se sont montrés pour le moins complaisants, une attitude qui rend assez choquante la rigueur actuelle dont ils font preuve et leur manque d'empressement à épauler la Grèce face aux marchés. Et que pensera la population grecque de cette « solidarité rémunératrice », pour reprendre l'heureuse formule du député Henri Emmanuelli ?

     

    Domaguil