Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Humeur - Page 3

  • Faiseurs de rois

     

    Dans la pièce Henri VI de William Shakespeare, le comte Warwick se porte tour à tour à l'aide des York et des Lancastre, deux familles puissantes qui se disputent le trone d'Angleterre, et y gagne le surnom de "faiseur de rois".

    En nos temps modernes, les faiseurs de rois exercent toujours leur contestable talent comme le montrent les péripéties de la crise de la dette souveraine. Et il se pourrait qu'un pas nouveau ait été franchi.

    Jusqu'à l'auto éviction du premier ministre italien, les gouvernements de la zone euro qui ont chuté sont tombés à la suite de la dégradation de la situation économique de leur pays et des finances publiques qui ont entrainé des politiques impopulaires. Bien que la mauvaise santé des pays en cause ait été aggravée par les dégradations de notes souveraines infligées par ces nouveaux mages savants que sont les agences de notation, il y a des fondements rationnels à l'éviction de ces dirigeants et on peut encore analyser leur départ comme une réponse à une pression populaire.

    Avec le départ du Premier ministre italien, Silvio Berlusconi, la donne est peut-être différente. Que ce soit clair: il ne s'agit pas pour moi de regretter le départ d'un dirigeant dont j'ai personnellement toujours déploré qu'il ait accédé au pouvoir et y ait été reconduit par ce peuple qui aujourd'hui se réjouit d'en être débarrassé. Au contraire, le fait me parait réjouissant puisque M.Berlusconi s'inscrit dans cette catégorie de dirigeants européens qui prouvent jour après jour leur inaptitude et/ou leur absence totale de sens de l'intérêt général. Un de moins, c'est une bonne nouvelle.

    Mais, au dela de la personne de M.Berlusconi, quelles sont les raisons de cette tourmente qui agite l'Italie? Précisément, là est la question.

    La dette publique importante de l'Italie (120% du PIB) suffit-elle à expliquer les attaques dont elle fait l'objet de la part des spéculateurs et le désamour des marchés qui la contraint à emprunter à des taux toujours plus élevés? Comment ce pays est-il devenu, après la Grèce, le nouveau territoire de tous les dangers, alors que l'on aurait pu penser l'Espagne plus menacée?

    L'Italie est un pays industriel dont le PIB en fait la 7e puissance économique mondiale en 2010 selon la liste établie par le FMI, derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni (même si son économie s'est contractée du fait de la crise, la faisant passer ainsi du 6ème rang en 2009 au 7ème). Le journaliste de l'émission de France Inter "l'éco du jour", Philippe Lefébure, rappelait il y a quelques jours: "l'Italie n'est pas le Portugal. N'est pas la Grèce, non plus. L'Italie est en meilleure posture que... l'Espagne, qu'on a longtemps présentée comme le "domino suivant". La croissance italienne a un meilleur potentiel, par exemple: ses exportations progressent. Son système bancaire n'est pas laminé comme celui des Caisses d'épargne espagnoles. En 2010, son déficit public était en dessous de la moyenne européenne. Mieux, l'Italie affiche un "excédent primaire", c'est-à-dire que, hors paiement des intérêts de sa dette -et contrairement à la France-, l'Italie est en excédent budgétaire. Le pays ne paie pas ses dépenses courantes, en s'endettant". Et de s'interroger: pourquoi est-ce l'Italie qui se trouve dans le collimateur des agences de notation? Selon le chroniqueur de France inter la réponse est claire et tient en un mot: Berlusconi. C'est celui-ci qui serait la cause d'un renchéruissement du coût de l'emprunt pour l'état italien car il aurait perdu toute crédibilité aux yeux des agences de notation. C'est ce que Philippe Lefébure appelle "la prime Berlusconi".

    A supposer que Philippe Lefébure soit dans le vrai (et il m'a semblé convaincant), le cas de figure italien est donc celui d'un gouvernement qui chute parce que, bien que démocratiquement élu (hélas, certes, mais Silvio Berlusconi était bien au pouvoir par la volonté du peuple), c'est son premier ministre qui est la cible de la mauvaise appréciation des agences de notation et donc, "la cause" des pharamineux taux d'intérêt que doit payer l'Italie pour se financer. Et voila comment il est proprement contraint à s'éjecter lui-même par ces milieux financiers dont il est pourtant proche.

    Mais les marchés ne font pas de sentiment. Tout ce qui menace leur soif de lucre doit être éliminé. Et nous découvrons donc que les personnes des gouvernants sont à présent un des paramètres d'appréciation de la capacité d'un pays à être vertueux aux yeux des marchés, c'est-à-dire, en fin de compte, à permettre aux investisseurs de ne pas perdre leur argent et mieux, d'en gagner davantage.

    Dire que les marchés sont contre la démocratie est un raccourci. En fait, les marchés sont pour ce qui leur fait gagner de l'argent. Dès lors, la couleur politique d'un gouvernement ou la façon dont il a accédé au pouvoir leur est indifférente, s'il est "rentable". Dans l'absurde, on pourrait imaginer que si un dirigeant communiste menait une politique conforme aux attentes des marchés, il serait tout à fait à leur goût. Il n'y a donc pas de combat contre la démocratie. Les marchés s'en moquent. Mais peu importe les motivations car le résultat est là : les agences de notation font et défont des gouvernements avec cette arme qu'est la notation de la dette souveraine. On pourra objecter, et ils sont nombreux à le faire, qu'elles ne font que pointer les défaillances des politiques internes et que s'en prendre à elles c'est s'en prendre au thermomètre qu'il ne suffit pas de casser pour que cesse la fièvre. Mais c'est faux. Les agences de notation émettent leurs notes au nom de prévisions sur la santé des finances publiques qui lorsqu'elles sont mauvaises entraînent la méfiance des investisseurs donc le renchérissement du coût du crédit accordé au pays donc ... l'aggravation de la dette et de la santé des finances publiques. C'est que l'on appelle la prédiction auto réalisatrice. On en mesure l'absurdité. Mais outre qu'elle est absurde et peu crédible, cette méthode est aussi une menace pour le régime démocratique dont la réalité n'a jamais été aussi évidente qu'aujurd'hui, quand bien même ce n'est pas la première fois que que l'on constate l'influence des marchés financiers sur les politiques d'un gouvernement (il suffit par exemple de se souvenir de ce que l'on a appelé le tournant de la rigueur en France en 1983, décidé par le gouvernement socialiste à la suite d'attaques spéculatives à répétition contre le franc et de la fuite des capitaux).

    Pour tenter de rétablir un peu de bon sens et remettre chacun à sa juste place, l'Union européenne propose une nouvelle réglementation des agences de notation. Mais les procédures législatives sont longues, alors que le temps semble s'accélérer, comme si les faiseurs de rois avaient également une influence sur celui-ci.

     

    Domaguil

     

     

  • Moussaka démocratique

    La moussaka est un excellent plat grec (d'aucuns disent : turc) qui par une combinaison d'ingrédients et d'épices flatte nos papilles de gourmets. Mais il y en a qui détestent et le taxent de salmigondis indigeste.

    La décision de provoquer un referendum sur un plan de sauvetage de la zone euro prise par M.Papandréou est une pirouette qui par une combinaison de démagogie toujours payante (l'appel au peuple) et de tactique politicienne titille mes convictions démocratiques.

    Autant le dire, je ne me mêle pas aux bêlements moutonniers de ceux qui saluent comme une victoire de la démocratie le salmigondis concocté par le Premier Ministre grec, pas plus que je partage l'indignation de ceux qui s'offusquent que l'on puisse demander leur avis aux gens auxquels on intime de se serrer la ceinture en vertu de plans incompréhensibles pour le commun des mortels et sensés résoudre une situation dont ils se sentent largement irresponsables.

    Tout en trouvant inadmissible que l'on presse les citoyens de s'incliner devant le diktat d'obscurs marchés financiers en oubliant que derrière ces expressions vagues il y a des spéculateurs et des politiques ineptes et iniques, je n'ai pas envie pour autant de me faire empapaouter par M.Papandreou (je sais, c'est facile) et ses adulateurs du jour, altermondialistes et autres champions autoproclamés de la démocratie.

    C'est politiquement correct d'interroger le peuple. Et s'enthousiamer devant le courage de M.Papandreou est pour certains obligatoire. Mais si M.Papandreou a un tel souci de ce que pensent ses concitoyens de la purge qui leur est infligée que ne les a-t-il consultés avant? Oh, je sais on me dira qu'il n'a pas la tâche facile cet homme, qu'il a été traité avec suspicion et condescendance par ses "collègues" de l'Union européenne, que ceux-ci se sont montrés (notament les allemands) peu enclins à être solidaires (au mépris de la devise de l'Union: unie dans la diversité), que leur propension à trainer des pieds a contribué à aggraver la situation de la Grèce et qu'il se trouve au plan interne confronté à une opposition revancharde et à une contestation populaire qui s'est traduite par des grèves à répétition. Tout cela est vrai. Mais il est tout aussi vrai que M.Papandreou a choisi le pire moment pour exprimer ses scrupules démocratiques et que l'on peut comprendre facilement que ses partenaires soient ulcérés de cette volte face trois jours après qu'il ait approuvé le plan de sauvetage le 26/10 (il faut l'unanimité des états pour une telle décision ne l'oublions pas).

    En appeler au peuple à présent c'est un beau camouflet non pas seulement à Angela Merkel et Nicolas Sarkozy comme on peut le lire sous la plume de commentateurs pressés, mais à tous les autres états membres qui ont signé cet accord pour éponger une partie de la dette grecque et apporter de nouvelles garanties permettant au pays de ne pas faire défaut. Si M. Papandreou estimait nécessaire de se voir confirmer dans son mandat par son peuple avant de négocier ce plan, il lui fallait le faire avant. Comment ne pas voir dans ce coup de théatre une manoeuvre pour tenter de restaurer un pouvoir déliquescent: si le résultat au referendum est positif, M.Papandreou en sort renforcé. Du coup ce referendum prend des allures de plébiscite. Si le résultat du vote est négatif, le problème est transféré à l'opposition (la droite responsable on le rappelle du trucage des comptes publics). "Après moi le déluge", en quelque sorte. C'est peut-être malin (et encore, on peut douter), c''est peut-être sincère (qui sait), mais on peut comparer et pas à l'avantage de M.Papandreou, à mon avis, ce comportement à celui de M.Zapatero, en Espagne, qui, contesté lui aussi pour sa gestion de la crise et les mesures d'austérité prises, a eu assez de caractère et de sens de sa responsabilité pour en assumer les conséquences en convoquant des élections législatives anticipées, sans mettre en péril la cohésion nationale ni la cohésion européenne.

    Quant à la question qui sera posée aux grecs elle ne peut pas être: "voulez vous du plan de sauvetage?" mais bien "voulez vous rester dans l'euro?". Car la remise en cause de l' accord voté à l'unanimité par les pays membres de la zone euro ne peut que signifier la volonté de sortir de celle-ci, c'est ce que diront sans doute les partenaires de la Grèce au Premier ministre et ils n'auront pas tort. Les grecs auront alors la liberté de se saborder. Et ayant voulu éviter de voir leur souveraineté limitée par leurs alliés européens (qui ont tout de même le droit il me semble de jeter un oeil sur la façon dont les fonds qu'il prêtent sont dépensés) il seront alors à la merci - sans le bouclier que représente l'appartenance à la zone euro - des spéculateurs qui dépèceront leur pays. Tout cela parce qu'au lieu de se prendre à leurs politiciens démagogues, à l'incivisme qui fait de la fraude un sport national, à leurs armateurs et à leurs popes exemptés d'impots, il auront préféré s'en prendre à l'Union européenne, pourtant la moins coupable de tous car elle arrive en pompier pour tenter d'éteindre un incendie qui s'est déja largement et depuis longtemps propagé. Ce serait une nouvelle application du proverbe: "quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt".

    Mais le pire n'étant jamais sûr, il sortira peut-être quelque chose de bon de cette moussaka démocratique.

    A l'heure à laquelle j'écris M.Papandreou doit être ocupé à convaincre ses partenaires que sa décision est bonne. Dure tâche. Presqu'un travail d'Hercule en somme.

    Domaguil

  • Aide aux plus pauvres, la Commission européenne se rebiffe

    On peut être la Commission européenne et être à ce titre la cible régulière des anti européens et des états prompts à se défausser sur elle des décisions impopulaires, on peut être contrainte à garder une réserve diplomatique et à ne pas polémiquer, et de temps et en temps, juger que trop c’est trop et qu’il y en assez d’être un défouloir à mécontents. Alors, la Commission dégaine un communiqué vachard dans lequel elle remet les pendules à l’heure.

    C’est ce qu’elle a fait hier au sujet des menaces de diminution de l’aide européenne aux plus démunis et du blocage de l’enveloppe prévue pour 2012 et 2013. Dans ce communiqué, la Commission rappelle que pour sa part, elle est favorable à la poursuite de cette aide et qu’elle s’est engagée pour le maintien du Programme européen d'aide alimentaire aux personnes les plus démunies (PEAD) de l'Union européenne.

    Le commissaire l'Agriculture et au Développement rural, Dacian Cioloş, explique: « Je me bats depuis plus d'un an pour défendre le programme alimentaire pour les plus démunis et je vais continuer. L'Union européenne doit rester un partenaire sur lequel les banques alimentaires peuvent compter. Nous ne pouvons pas faire défaut alors même que la crise économique rend ce programme encore plus nécessaire. Nous avons encore la possibilité de débloquer la situation, mais il faut aller vite. J'appelle les Etats membres qui s'opposent à notre proposition à faire preuve de responsabilité et à ne pas jouer avec la peur, pour des millions de foyers européens, de ne pas avoir accès à de la nourriture en quantité suffisante en 2012 et 2013 ». Car, et cela devrait se savoir à présent si les medias avaient mieux fait leur travail, ce n’est pas "Bruxelles" (= la vilaine Commission européenne dans "l’inconscient collectif") ou même l’ "Europe" qui bloque l’aide alimentaire mais une minorité d’états membres qui refuse de la voter. Or, cette minorité est une minorité de blocage qui empêche le Conseil de prendre une décision. La Commission qui est revenue régulièrement à la charge pour convaincre le Conseil de l’urgence à agir, est donc ulcérée de constater qu’une fois de plus, c’est sur elle que retombe le blâme du fait de la confusion entretenue par des journalistes qui se mélangent les pinceaux dans les arcanes, il est vrai peu faciles à comprendre, des institutions et des procédures européennes.

    Dans son communiqué, la Commission appelle vertement les états à prendre leurs responsabilités. Elle a raison, mais elle rêve.

    Domaguil

  • L'Union européenne et les pauvres, un roman d'aujourd'hui

     

    Horreur ! L’Union européenne devrait avoir honte : voilà qu’elle réduit drastiquement l’aide qu’elle versait aux plus démunis. C’est ce que nous apprennent les medias à grands renfort de titres nuancés « Le mauvais coup de l’Europe » (Sud-Ouest), « l’Union européenne ferme ses frigos aux plus démunis » (France 24), "Bruxelles choisit de mettre les pauvres à la diète" (l’Express) et des sites qui se contentent comme souvent de reprendre et d’amplifier la nouvelle sans chercher à en savoir plus (il y en a même un qui évoque un « génocide », vous avez bien lu, mais je ne dirai pas lequel car lui faire ne serait-ce qu’un embryon de pub me dérange). Jusqu’au présumé ministre des affaires européennes Laurent Wauquiez qui se sent obligé de réagir sur un thème européen (en général, il est sur ces questions d’une discrétion qui confine à l’inexistence) en jugeant « inacceptable » la décision de la Commission européenne «au moment où l’Europe est traversée par des crises», tandis que Rachida Dati juge que «la Commission est déconnectée de la souffrance des Européens et de leurs préoccupations».

    Hum Hum...Le premier, rappelons-le, a montré sa fibre sociale en qualifiant de « cancer »  l’assistanat dans lequel se vautreraient tous ces profiteurs du système que sont les allocataires du RSA et autres rentes mirobolantes que leur envient certainement les bénéficiaires des retraites chapeaux et autres parachutes dorés. La seconde a montré qu’elle était surtout connectée aux…premières pages des revues people.

    Il n’empêche, la nouvelle du mauvais coup « antisocial » de l’UE ne reste pas sans écho (litote) : elle a, il est vrai, un côté spectaculaire et de légende moderne (les gnomes ultralibéraux de Bruxelles contre les miséreux), qui n’est pas pour déplaire aux amateurs de sensations fortes et d’idées courtes.

    Avant que l’on érige des barricades contre cette Union européenne dont la seule raison d’exister semble être d’opprimer le bon peuple et de donner une raison de vivre aux souverainistes, xénophobes, et autres eurosceptiques, voici quelques faits pour ceux qui ne veulent pas s’en laisser conter.

    Donc, « de quoi t’est-ce que l’on accuse-t-on mon client ? » (comme avait coutume de dire le faux avocat Luis Rego dans feu le tribunal des flagrants délires).

    En décembre 1987 a été mis en place un programme européen de distribution de denrées alimentaires aux personnes les plus démunies de la Communauté (PEAD ou  programme européen d'aide alimentaire aux plus démunis). Les produits agricoles en excédent et stockés étaient mis à la disposition des états qui souhaitaient les utiliser au titre de l’aide alimentaire pour les plus pauvres. Les règles de fonctionnement du PEAD ont été ensuite modifiées pour assurer la continuité de son approvisionnement : en cas de besoin, les stocks étaient complétés avec des achats sur le marché.

    Le 20/06, la Commission européenne annonce que les fonds attribués dans le cadre du PEAD représenteront un total de 113 millions d'euros en 2012, en baisse très importante puisque les années précédentes il s’élevaient à 500 millions €. Du côté des associations caritatives, la colère et la déception sont vives, on le comprend. Cette colère légitime est relayée ensuite de façon beaucoup plus intéressée par ceux qui y voient un argument de plus dans leur combat contre l’Union européenne.

    Alors, qu’en est-il ? La Commission européenne aurait donc la volonté d’affamer les pauvres?

    La décision de réduction des aides est le résultat d’un imbroglio juridique dont l’UE a le secret et qui n’aide pas vraiment à la faire comprendre par les citoyens que nous sommes.

    En décembre 2008, l’Allemagne et la Suède font un recours devant le tribunal de l’Union européenne pour lui demander l’annulation du règlement de la Commission qui fixe le montant de l’aide du PEAD pour 2009.

    Selon ces deux pays, l’aide du PEAD dans la mesure où elle ne provient plus exclusivement des excédents agricoles stockés a « perdu tout lien » avec la politique agricole commune pour devenir un instrument de politique sociale. Or, si la politique agricole commune est une compétence de l’Union européenne, la politique d'aide sociale, elle, relève de la compétence des états. Par conséquent, le règlement viole la répartition des compétences entre l’Union et les états et est donc illégal.

    Dans son arrêt du 13 avril 2011, le Tribunal donne raison à l’Allemagne et la Suède et annule les dispositions contestées du règlement (Tribunal de l’Union européenne, 13/04/2011, aff.T.576/08, Allemagne/Commission ) et c’est pourquoi la Commission européenne doit éliminer du PEAD tout ce qui n’est pas approvisionné par les excédents agricoles stockés. Et, on le voit, il s’agit des 4/5èmes de l‘aide ce qui s’explique car depuis la réforme de la PAC, les excédents agricoles sont en diminution constante.

    La Commission rappelle qu’elle avait anticipé ce problème et avait proposé en 2008 de modifier le régime du PEAD. Mais « en dépit de l'appui du Parlement européen, cette proposition est restée lettre morte, bloquée en examen au Conseil » (les états). La Commission a alors présenté une deuxième proposition « qui n’a malheureusement pas, elle non plus, franchi le cap des discussions au Conseil ». Une vérité que se gardent bien de rappeler notre supposé ministre des affaires européennes et la spécialiste de la souffrance des européens.

    Alors, la Commission pouvait-elle passer outre un jugement du tribunal de l’Union européenne ? Difficile de l’encourager à s’asseoir sur une décision de justice ! Pouvait-elle faire appel ? Oui. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Sans doute parce qu’elle sait que le jugement serait confirmé par la Cour de Justice.

    Je ne sais ce que vous en pensez, lecteur, mais moi, je vois plusieurs enseignements dans cette affaire :

    Le premier est que l’on ne s’aperçoit de ce que fait de positif l’Union Européenne qu’au moment où ce bienfait disparaît: à méditer, non ?

    Le second est que l’on évoque la responsabilité de la Commission alors que ce sont les états qui ont provoqué le problème en refusant de donner les moyens de pérenniser l’action du PEAD pour le mettre à l’abri d’une censure par le juge communautaire (tout comme les états refusent en ce moment de donner à l’UE le budget dont elle a besoin pour continuer ses politiques structurelles tout en permettant que l’on critique son impuissance)

    Le troisième est qu’il faut savoir ce que l’on veut : ceux qui poussent des cris déchirants dès que l’on propose de renforcer les compétences de l’UE s’offusquent à présent qu’elle réduise son aide aux plus pauvres,  alors qu’elle y est obligée parce que des états ont fait constater en justice que ce n’était pas de sa compétence. Ces souverainistes devraient être ravis du jugement du tribunal et applaudir haut et fort la décision de la Commission. Pourquoi ne le font-ils pas ? Serait-ce par démagogie, pour être populaires en se posant comme défenseurs des démunis ? A moins tout simplement qu’ils ne soient incohérents et d’une ignorance crasse de la façon dont fonctionne l’UE.

    Domaguil